top of page

Le compliment dans la relation de coaching professionnel en approche centrée solution

Dernière mise à jour : 20 juin 2022

#coachingorientésolution #thérapiebrèveorientéesolution #solutionfocuspractice

« Les potentialités de l’homme sont si grandes et si mystérieuses, que les guerriers, plutôt que d’y songer, ont choisi de les explorer, sans espoir de jamais les comprendre. » La roue du temps (1999) C. Castaneda

« Nous croyons que si vous restez patient et déterminé dans vos modalités de construction de solution, vos clients vous impressionneront et même vous surprendront par leur résilience, leur créativité et leur compétence. » De l’entretien à la solution ; Peter de Jong et Kim Berg

Nous avons donc abordé, au cours de la formation de coaching professionnelle, l’idée qu’il serait important, dans la séquence du feedback de fin de séance, d’y introduire un ou des compliments.

Ce n’est pas le seul moment où le compliment peut intervenir dans la séance de coaching. A de multiples occasions, le coach doit pouvoir relever des savoir-faire, des compétences et des potentialités. Ainsi, Kim Berg, De Jong et les différents thérapeutes en approche centrée solution, utilisent régulièrement le compliment en cours de séance pour mettre en lumière des moments d’exception et des ressources actionnables.

Nous allons essayer de faire apparaître que l’utilisation du compliment en séance de coaching découle d’un processus plus complexe qu’il n’y paraît, en répondant à deux objectifs de l’accompagnement en général : s’assurer que son utilisation participe à la poursuite de l’objectif du coaché et, surtout, qu’il s’inscrit dans les principes et les valeurs de l’approche centrée solution.

Pour le dire de manière différente, si la relation d’accompagnement en approche centrée solution est une œuvre d’émancipation[1], le compliment fait-il partie de la boîte à outils du coach pour la développer ? Comment faudrait-il l’utiliser pour qu’il le devienne ? Et comment dépasser l’outil pour que le compliment s’inscrive dans la nature-même de la relation d’aide ?

D’où nous vient l’envie de complimenter ?

En cours de certification, lors du 4e module de formation, nous nous sommes intéressés à la construction du feedback. Philippe Bigot le décrit comme faisant partie des « rituels » de fin de séance. Il est construit autour d’une structure composée de 3 parties : le compliment, le pont et les tâches.

Le compliment va servir à renforcer ce qui est important pour le coaché, mettre en lumière ce qui fonctionne et l’aider à faire apparaître de nouvelles ressources.

Faisant partie intégrante d’une structure décrivant 3 étapes, nous en concluons donc que le compliment vise aussi à introduire et à encourager le coaché vers la réalisation des tâches que va lui prescrire le coach.

A ce stade, le coach en cours de formation reçoit, selon nous, une forme d’injonction paradoxale, qui va forcément avoir des répercussions sur l’utilisation de cet outil dans les débuts d’une pratique de coaching professionnel.

La forme de cette injonction paradoxale renvoie, selon nous, à ce que Paul Watzlawick et l’équipe de Paolo Alto ont mis en avant avec le terme de double contrainte. Elle théorise un dilemme de la communication qui se produit lorsque 2 messages sont incompatibles entre eux et créent de ce fait une situation plus ou moins insoluble.

Quel coach en cours de certification ne s’est pas interrogé en énonçant le compliment au moment du feedback de fin de séance sur la sincérité de celui-ci, sur l’intentionnalité de ce dernier ?

La double contrainte pourrait exister du fait que complimenter s’inscrit dans un ordre naturel des choses. Cela renvoie à avoir de l’attention pour l’autre, à le considérer. C’est un acte de vie dans la mesure où il participe à la relation et à la construction de celle-ci. On attend donc de la personne, au même titre que la politesse ou la générosité que cette action se fasse de manière spontanée, naturelle sans que cela soit demandé, conseillé ou ordonné.

Le fait que dans cette situation de formation en coaching, le compliment devienne un outil au service du feedback pourrait donc entraîner quelques difficultés que seule la pratique et des qualités de discernement pourront effacer.

Philippe Bigot précise qu’il faut donner le feedback (en particulier les compliments) de façon « vraie », « en phase avec soi ». Cela voudrait-il dire qu’au-delà de l’outil, le compliment ferait, de ce fait, partie intégrante de la posture du coach et de son savoir-être ?

L’exemple des coachings en interne en cours de certification était un bon exercice pour venir tester notre relation à cette consigne et à notre avancement dans le développement d’une posture de coach orienté solution. Le message était :

· Introduire en début de feedback un compliment, de manière « vraie », avec un coaché qui sait (du fait qu’il suit la formation) que vous allez lui faire un compliment !

Bien sûr la formulation n’est pas toujours de ce type. Néanmoins, dans toute relation et toute communication, la question de l’intentionnalité se pose et renvoie donc à des principes et des valeurs fortes, mais aussi à la construction d’une posture affirmée.

Nous allons donc proposer quelques réflexions à avoir pour ne pas se laisser prendre par ce type d’injonction et réussir à utiliser les compliments de manière spontanée, au service d’une œuvre d’émancipation et d’une relation de qualité.

Il nous semble donc important de développer nos idées à travers 2 axes. Le premier sera de réfléchir à la construction d’une posture professionnelle propice à l’utilisation des compliments et le deuxième s’intéressera à des aspects plus méthodologiques.


Posture favorisant l’utilisation des compliments


De la posture de non savoir…


Comment pourrais-je savoir à la place de l’autre ce qui serait bon pour lui ? Considérer la personne comme experte de son changement, c’est, de mon point de vue, accepter l’idée que la solution ne peut venir que d’elle. C’est accepter aussi l’idée qu’il n’existe pas une seule réalité, mais des infinités comme l’école de Paolo Alto nous l’a démontré à travers différents ouvrages de référence sur l’approche systémique.

Ces idées ont pris naissance dans le paradigme constructiviste qui dit que la réalité n’existe pas en tant que telle. Elle serait une construction mentale de l’observateur au sujet du monde qui l’entoure. Il existerait donc autant de réalités que d’individus.

Le paradigme du constructivisme social (Gergen 1985) qui guide le coaching orienté solution, va plus loin en affirmant que toute représentation, toute pensée, est une construction sociale. Il n’y a production d’idées, de savoirs ou de représentations, que par le fait des interactions sociales. En d’autres termes, les gens fabriquent du sens en interagissant avec les autres.

La réalité se crée donc aussi dans la relation qu’entretient le coaché avec le coach dans un principe de co-construction et de coopération.

La seule chose que peut savoir le coach en développant cette posture, c’est donc ce que lui dit le coaché de sa représentation du monde et de son contexte à l’intérieur de leur relation coach/coaché.

Pour Goolishian et Anderson (1991), travailler avec les clients devient un processus de coopération égalitaire qui s’oppose à un processus d’expertise hiérarchique. Le thérapeute devient alors un apprenti en demande d’informations plutôt qu’un technicien expert qui sait.

En effet, le coach orienté solution ne sait rien à la place de l’autre. Il s’intéresse à ce qui se passe et s’échange dans la relation pour trouver la juste place à côté de la personne, afin de l’accompagner. Le coach contribue, de par sa présence, son écoute et ses questionnements, à l’évolution de la représentation que se fait la personne de sa situation.

Constater ces évolutions, voir le type de relation évoluer, trouver des moments d’exception, invite le coach de manière spontanée à complimenter la personne sur ces différents points et donc, à renforcer la relation de coaching.

Le compliment n’est donc pas dans cette situation une occasion de prendre le dessus sur la personne, il est l’affirmation et le renforcement de la relation qui commence à se créer. Kim Berg et Peter De Jong* nous disent que le compliment fait partie des techniques de non savoir au même titre que l’écoute, le silence, la reformulation ou la validation des perceptions.

Selon eux, les clients ont des qualités personnelles et des expériences antérieures qui, si elles sont formulées, peuvent être d’une grande aide pour résoudre leurs difficultés et leur apporter plus de satisfaction dans la vie.