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  • Nicolas Heux

La résilience, un acte de co-construction entre accompagné et accompagnant



"Si l’homme cependant surmonte sa fatigue et accomplit son destin, on pourra vraiment l’appeler homme de savoir, même s’il n’a pu qu’un bref moment repousser son dernier ennemi invincible. Ce moment de clarté, de puissance et de savoir aura suffit."

Carlos Castaneda, L’herbe du diable et la petite fumée



La résilience est un terme relativement nouveau dans le champ des sciences humaines. Issu de la physique, ce terme signifie la capacité d'un matériau à absorber de l'énergie quand il se déforme sous l'effet d'un choc.


Cette notion s’est développée dans le champ des sciences humaines, d’abord dans les pays anglo-saxons depuis un demi-siècle, puis, avec un certain retard en France. Son apparition dans le champ du travail social, de la psychologie et du coaching suscite un immense espoir pour les tenants d’une approche humaniste, soucieux de favoriser la promotion des personnes accompagnées.


Cette impulsion dans le travail d’accompagnement nous invite à changer de regard sur les prises en charge et apprendre à travailler autour des ressources, des compétences et des stratégies adaptatives des personnes en situation de vulnérabilité.


D’après un document publié en 2000 par la Fondation pour l’enfance (Paris) et la participation de Michel Manciaux, la définition suivante est donnée pour son application dans les sciences humaines : « La résilience est la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir, en présence d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères ».


En France, c’est sans doute Boris Cyrulnik qui a le plus parlé de la résilience. Ses livres ont inspiré de nombreux travailleurs sociaux.



État des lieux



Il me semble que pour la plupart des gens, le terme de résilience renvoie à des cas isolés de personnes ayant vécu un grand traumatisme ou venant d’un contexte particulièrement défavorisé et seraient devenues des personnes avec des vies extraordinaires. On pense bien sûr à cet acteur connu, venant d’une banlieue pauvre, d’une chanteuse à succès abusée sexuellement dans son enfance ou d’une femme politique de premier rang venant d’un contexte défavorisé.


Quand on pense la résilience avec ce type d’exemples, on peut facilement imaginer que cela ne s’applique qu’à certaines personnes qui ont, sans doute, quelque chose de plus que le commun des mortels pour avoir su dépasser une situation traumatisante et en avoir fait une vraie force de vie et de création.


De plus, cela laisserait envisager qu’il y aurait une prédisposition à la résilience. Ce serait en somme un phénomène que l’on connaît, que l’on peut observer, mais qui ne nous concernera sans doute jamais.


La résilience ne serait donc pas une façon de décrire ses actions et d’énoncer ses forces, mais bien un outil et une grille de lecture pour comprendre certains comportements. Ainsi, cela pourra devenir, pour le travailleur social, une façon de décrire un jeune et ainsi d’expliquer la situation dans laquelle il se trouve : on entend souvent parler, dans les réunions de travailleurs sociaux, de jeunes résilients.



Une autre approche de la résilience, le coping…



Pour Brigitte Lavoie (voir sa conférence TED), la résilience n’est pas un phénomène isolé. Au contraire, cela arrive à la grande majorité des personnes. En effet, dans le travail d’accompagnement, si l’on s’intéresse aux forces et aux ressources, il va sans dire que l’on va s’intéresser aux stratégies adaptatives que la personne a su mettre en œuvre pour dépasser une situation difficile, un contexte de vie défavorisé ou un traumatisme.