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Changer de point de vue dans la pratique de l'accompagnement

Dernière mise à jour : 20 juin 2022


René Magritte, The Treachery of Images (Ceci n'est pas une pipe), 1929



L’approche orienté solution (AOS), un changement de posture au service du devenir des personnes

Aussi audacieux soit-il d’explorer l’inconnu, il l’est plus encore de remettre le connu en question

Walter Kasper

Cet article s’adresse à tous ceux qui ont choisi de travailler dans les métiers de la relation à l’autre (thérapeutes, travailleurs sociaux, enseignants, coachs…), les métiers dans lesquels il est question de poser un regard aussi bien sur la personne que sur la situation vécue par cette dernière.

Ce regard n’est bien sûr pas le même selon les lunettes que l’on utilise mais il devrait néanmoins toujours être au service de la relation à travers laquelle, la personne va mettre au travail son devenir.

Mais finalement, de quoi parle-t-on quand on dit changer de regard ? Quelle idée se fait-on de la réalité pour décrire ce que l’on voit ? Comment l’autre se regarde et se voit à travers le regard que nous choisissons de porter sur lui ? Y’ aurait-il un regard qui limite et un autre qui libère ?

C’est justement en regardant un film avec ma fille, « le retour de Mary Poppins » que m’est venu l’envie d’écrire cet article. Ce film est vraiment remarquable, aussi bien pour les grands que pour les petits, c’est une histoire de résilience, une ode à la vie et à l’espoir mais surtout une invitation à regarder nos situations ou plus globalement, le monde avec un regard différent.

A la fin de l’extrait : “le monde est devenu fou“, Marry Poppins chante ces paroles qui sont une belle introduction pour ce qui suis : « Quand la vie n’est pas rose, changer de point de vue arrange les choses ».

Nous essayerons donc dans cet article, de montrer qu’il est possible, en tant qu’accompagnant, de fabriquer ses propres lunettes et mettre au travail sa posture pour permettre aux personnes de changer de direction dans leur vie. Ou pour le dire autrement, de ne pas continuer sur la voie de leurs difficultés.


Bien choisir ses lunettes…

Il est souvent difficile pour les accompagnants de décrire les lunettes qu’ils utilisent pour accompagner. C’est-à-dire les références théoriques, les courants de pensées ou même les paradigmes dans lesquels s’inscrivent leur pratique. Je vous laisse réfléchir à cette question tout en vous proposant ici un choix de lunettes assumé qui est celui de l’approche orientée solution.

Cette approche trouve sa place dans le paradigme du constructionnisme social selon la définition qu’en fait Gergen* et s’inscrit dans la continuité du paradigme constructiviste mis en valeur et mieux compris à travers les travaux de l’école de Paolo Alto et notamment, les livres de Paul Watzlawick**.

La question de la réalité est centrale dans l’évolution des paradigmes qui influencent les sciences humaines et sociales et qui donne le sens à notre pratique de l’accompagnement. Il faut sans aucun doute s’y intéresser pour comprendre ce qu’il y a en jeu quand on parle de changer de regard car elle détermine la manière dont nous allons nous y prendre pour construire la relation avec les personnes accompagnées.

Un problème existe-t-il en tant que tel ? Avons-nous, en tant qu’accompagnant, suffisamment de recul et de savoir pour considérer qu’une maladie, un trouble ou un handicap existe réellement en dehors de la définition qu’il nous en est donné ? N’y aurait-il pas en fonction du contexte culturel, social et politique des différences qui remettraient profondément en question un diagnostic, une interprétation de notre part ?

Ainsi, en utilisant l’approche orientée solution, la situation de la personne n’est pas considérée comme quelque chose de fixe ou de figée en fonction des différentes classifications psychopathologiques et des listes de symptômes mises à notre disposition (DSM4).

Le patricien orienté solution ne fait donc pas de diagnostic et ne devrait pas avoir d’idées préconçues sur ce qui serait utile pour l’autre. Les seules choses qu’il peut savoir de sa réalité (sa situation) c’est ce qu’il va découvrir dans son récit grâce à la relation qui va se créer et aux questions qui vont être posées. Seul ce qui ressort de ces conversations est considéré comme utile dans la continuité de la relation d’accompagnement.

Il arrive très régulièrement qu’une personne en grande souffrance soit exclusivement focalisée sur le récit de ses difficultés et occulte complétement une partie de la réalité. Elle ne peut pas voir ou appréhender ce qui est pourtant sous ses yeux en matière de solutions ou d’opportunités. La description de cette réalité se fait par le langage avec un choix donné au fond comme à la forme, qui bien souvent dans ce genre de situation vient renforcer le problème « Je suis désespéré, je n’y arriverai jamais, j’ai tout essayé… ».

Sachant cela, le praticien orienté solution accorde à la personne une grande confiance, partant du principe que cette dernière fait de son mieux dans la situation qui est la sienne. De plus, s’il est possible pour elle de construire des récits de problèmes, il lui sera donc possible aussi de construire des récits de solutions.

En conclusion, avec l’AOS, le problème n’existe pas en tant que tel, il n’y a que des récits de problèmes. Quand une personne se présente à vous dans le cadre d’une relation d’accompagnement, tout ce qu’elle vous dit de ses difficultés, voir de sa pathologie n’est rien d’autre qu’un récit fait et construit en fonction de son contexte et de son histoire.

Vous pouvez agir sur ce récit et donc sur la situation de la personne en co-construisant avec elle de nouvelles représentations et donc un nouveau point de vue sur la situation.

Il existe bien sur de nombreuses techniques de conversation pour faire évoluer la relation que la personne entretien à son problème tout en restant dans une posture de constructeur de solution. L’approche narrative, voisine de l’ AOS, propose un outil d’externalisation du problème inventé par Mickael White* et qui permet à la personne de prendre du recul sur l’espace du problème. Nous aurons l’occasion dans un prochain article d’expliquer ces diffé