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  • Nicolas Heux

Accompagner vers les solutions

Dernière mise à jour : sept. 28

« De nouvelles perspectives dans la relation d’aide »

Cet article s’adresse à toutes les personnes qui travaillent ou qui s’engagent dans le champ de l’accompagnement social, et qui ont donc décidé d’aider les personnes en situation de vulnérabilité.

Il n’est pas question, ici, de parler d’un métier plus que d’un autre, ou de faire apparaître des différences de positionnement en fonction des différences de qualification. Je m’adresse aux professionnels de l’accompagnement, à toute celles et ceux, qui ont choisi de s’engager dans la voie de la relation d’aide.

Ma volonté est de faire apparaître à l’ensemble de ces professionnels les bénéfices que pourrait avoir le fait de développer une culture de construction de solution dans le champ du travail social.

La première partie s’intéressera donc aux différents aspects d’une approche de type résolution de problème et les effets qu’elle produit dans le travail en équipe et dans la relation aux bénéficiaires. Dans la deuxième partie, je décrirai de manière succincte l’intérêt de développer une culture de la construction de solution dans le travail d’accompagnement.

Il s’agit avant tout d’un changement de regard sur les situations et d’un changement culturel à opérer en douceur.



De la résolution de problème à la construction de solution, il n’y a qu’un pas



1. Ce que l’on entend par résolution de problème…


Résoudre des problèmes, c’est la chose la plus commune et la plus habituelle dans les métiers de la relation d’aide et dans la vie en générale. La quasi-totalité des situations traitées en réunion d’équipe partent d’un problème survenu avec un bénéficiaire ou une famille. Quand la réunion est plus axée sur le projet de la personne, il est alors commun, de commencer par mettre en avant la problématique de ce dernier.

En tant qu’expert de l’accompagnement, chaque intervenant se doit d’avoir un avis sur la situation, de donner une interprétation de ce qui maintient le problème chez la personne ou de ce qui l’a créé.

De nombreuses institutions appellent encore ces espaces de travail des réunions de synthèse ou d’hypothèse. La parole s’y déplace d’un intervenant à l’autre, sur une situation donnée, avant d’en changer, sans avoir pour autant planifié des actions à réaliser.

J’ai rencontré de nombreux intervenants qui partagent souvent une certaine frustration quand ils parlent des réunions d’équipe et la pertinence de ces dernières pour le suivi et la prise en compte des personnes. Il y est courant de s’éterniser sur une situation, chacun apportant son regard et son interprétation. Mais bien souvent, quand il s’agit de faire des propositions d’actions ou d’évoquer des pistes de solutions, la réunion se termine avec la même question dans les esprits de chacun : « et maintenant, on fait quoi ? ».

La culture de résolution de problème est tellement développée que c’est souvent la situation la plus problématique (l’enfant qui dérape ou qui crée l’impossible) qui monopolise la grande partie de ces espaces de travail au détriment des autres situations qui posent en apparence peut-être moins de problèmes.

Dans cette perspective, et même si la loi de janvier 2002 demande aux institutions une personnalisation de l’accompagnement et la mise en place d’un projet individualisé pour les bénéficiaires, la réflexion de l’équipe s’articule le plus souvent autour de leurs problématiques et beaucoup moins autour de leurs besoins, de leurs attentes et de leurs espoirs.


La culture du pourquoi


Pour résoudre un problème, il est courant d’essayer d’en trouver les causes. Quand un problème est évoqué en réunion, la question du pourquoi est toujours en toile de fond. C’est la raison pour laquelle, une grande partie de ces espaces de travail, est consacrée à faire des hypothèses et développer des interprétations, sur les raisons et les causes du problème.

Quand les raisons sont trop difficiles à trouver, il n’est pas rare de voir surgir certains jugements (il n’est pas capable, il n’a pas envie, il est résistant, il ne veut pas coopérer…).

En dehors des espaces de réunions, et dans la relation directe aux personnes accueillies, il est d’usage de poser la question du pourquoi directement à la personne : « Avec tout ce qu’on fait pour toi, pourquoi tu fais ça ? », « Mais qu’est-ce qui ne va pas avec toi ? ». J’avais posé cette question dans le passé à un ami aux prises à de grandes difficultés et sa réponse m’est toujours restée. Cela m’a convaincu de l’intérêt de trouver de nouveaux modes de communication et donc de coopération avec les personnes en prise à des situations délicates. Elle m’avait répondu, de manière très calme, la chose suivante : « Si je savais pourquoi, je ne serais pas dans cette situation aujourd’hui ».

Un temps conséquent est donc consacré à essayer de comprendre les causes du problème, et quand bien même une explication est trouvée et semble acceptée par l’ensemble de l’équipe (bilan éducatif, évaluation de projet…), la situation de la personne ne s’améliore pas toujours pour autant.



Un accompagnement tourné vers le passé


De fait, tenter de trouver des causes à un problème renvoie naturellement à une exploration du passé. A chaque fois que l’on se pose la question du pourquoi, on fait référence à un évènement ou à une situation qui